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L'adaptation des bâtiments existants au changement climatique

  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture

Interview du Cerema


adaptation des batiments au changement climatique_interview du Cerema


Nous avons récemment échangé avec Sakina PEN POINT (Directrice de projets adaptation des bâtiments au changement climatique) au Cerema. Elle est notamment revenue sur le guide méthodologique pour l’adaptation des bâtiments existants au changement climatique publié en février 2026. 


Voici un résumé de nos échanges :

Propos recueillis par Marion DUBOIS


Contexte


>> Pouvez-vous présenter brièvement le guide méthodologique pour l’adaptation des bâtiments existants au changement climatique et ses objectifs ?


A la suite d’une assemblée générale du Plan Bâtiment Durable, un besoin fort a émergé : celui de disposer d’un document de référence dédié à l’adaptation des bâtiments existants au changement climatique. Si de nombreux travaux portaient déjà sur la performance énergétique, la question de l’adaptation manquait jusqu’ici d’une méthodologie commune. 

 

Le guide méthodologique a été rédigé de manière collaborative par plusieurs organismes publics et experts du secteur : ADEME, AIA Life Designers, Alliance HQE, AQC, Cerema, CSTB, I4CE, Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) et Sevaia.  

Cette rédaction a “plusieurs mains” a permis de croiser les expertises et de proposer un cadre partagé par l’ensemble des acteurs. 

 

Le guide pose d’abord un cadre commun (lexique, présentation des aléas climatiques, délimitation du périmètre). Puis il propose deux approches : une stratégie à l’échelle d’un parc de bâtiment et une stratégie à l’échelle d’un seul bâtiment. Il aborde également la question des coûts liés à l’adaptation des bâtiments existants.  



>> Aujourd’hui, qu’est ce qui change concrètement pour un acteur qui ne s’engage pas dans une démarche d’adaptation ?  


Concrètement, le changement climatique va accentuer la fréquence et l’intensité des aléas. Un acteur qui ne s’engage pas dans une démarche d’adaptation choisit, de fait, d’attendre que les dégâts surviennent avec des impacts économiques et sanitaires à la clé. 

 

Le point essentiel à retenir est celui du coût de l’inaction : ne rien faire coûte entre 2 et 10 fois plus cher que d’anticiper et mettre en oeuvre des actions d’adaptation. En ne s’engageant pas, l’acteur augmente directement le niveau de risque et l’exposition aux conséquences futures. 



Structurer une stratégie d'adaptation


>> Quelles sont les premières actions concrètes qu’un décideur devrait engager pour structurer une stratégie d’adaptation ?  


  • À l'échelle d'un parc

Lorsqu’on parle de stratégie d’adaptation, on raisonne d’abord à l’échelle d’un parc de bâtiment. 


stratégie d'adapdation à l'échelle d'un parc de bâtiments


1. Etude d'exposition

Où se situent les bâtiments, selon quels horizons temporels et quels scénarios climatiques ? Si l’on se situe à l’échelle européenne, il faut choisir à minima 2 scénarios. A l’échelle française, en revanche, c’est la TRACC qui fera référence.  

Il s’agit d’identifier les aléas climatiques (vague de chaleur, inondation, orage, grêle...) susceptibles d’impacter le parc et d’en évaluer l’intensité et la probabilité d’occurrence. 


2. Etude de vulnérabilité

Quelles sont les sensibilités propres aux bâtiments : choix des matériaux de construction, orientation du bâtiment et enjeux des usages, notamment sociaux (école, hôpitaux...) ou économiques (activités critiques, serveurs...). 


3. Analyse croisée entre exposition & vulnérabilité

Identification des actifs les plus à risque, priorisation des bâtiments à traiter 


4. Stratégie d'adaptation




  • À l'échelle d'un bâtiment

La démarche peut aussi s’appliquer à l’échelle d’un bâtiment via un audit d’adaptation structuré

stratégie d'adaptation à l'échelle d'un bâtiment

À l’échelle d’un bâtiment unique, la logique reste la même que pour un parc : analyse de l’exposition aux aléas climatiques, étude des vulnérabilités propres au bâtiment et de ses usages, puis croisement des deux pour évaluer les risques. 

  

Ces étapes permettent d’aboutir à un plan d’action opérationnel, hiérarchisé, chiffré et programmé dans le temps, afin de mettre en œuvre des solutions d’adaptation concrètes et adaptées au site. 



>> Comment éviter de se disperser lorsqu’on gère plusieurs dizaines de bâtiments ? Comment prioriser les actions ? 


En réalité, la hiérarchisation repose sur un double regard : une analyse technique pour comprendre les risques et une réflexion stratégique pour décider ou agir en premier. 

 

D’un côté, l’analyse de l’exposition aux aléas climatique et des vulnérabilités propres à chaque bâtiment permet d’objectiver les niveaux de risque et d’identifier les actifs les plus sensibles. 

De l’autre, entrent en jeu des choix plus internes : priorités politiques d’une collectivité, stratégie d'entreprise, enjeux sociaux ou économiques spécifiques (santé, éducation, activités critiques). 

 

C’est l’articulation de ces deux dimensions qui permet d’éviter la dispersion et de prioriser efficacement des actions. 



>> Le guide insiste sur la vulnérabilité du bâti et des usages. Pourquoi est-il essentiel d’intégrer les usages dans l’évaluation de la vulnérabilité du bâtiment ? 


L’objectif de l’adaptation n’est pas seulement de protéger les bâtiments, mais aussi les occupants et les activités qui s’y déroulent. C’est pourquoi les usages doivent être intégrés dans l’évaluation de la vulnérabilité. 

 

Un bâtiment peut être techniquement exposé à un aléa, mais c’est souvent la manière dont il est utilisé qui va créer ou aggraver la vulnérabilité. Par exemple, si des espaces très exposés à la chaleur sont occupés aux heures les plus chaudes de la journée, l’usage lui-même devient un facteur de risque. 

 

Identifier les usages permet, non seulement, de mieux comprendre les vulnérabilités, mais aussi d’identifier des solutions d’adaptation organisationnelles, en complément des actions techniques sur le bâtiment. 



>> Comment inscrire la démarche d’adaptation dans la durée et s’assurer de son efficacité dans le temps ? 


Inscrire l’adaptation dans le long terme suppose de raisonner en trajectoire d’adaptation. Le diagnostic d’exposition permet d’anticiper l’évolution des risques selon différents horizons climatiques (2030, 2050, 2070) et d’engager des actions progressivement pour maintenir le bâtiment sur une trajectoire adaptée. 

 

Cette réflexion implique aussi de distinguer plusieurs logiques de stratégies. Certaines sont incrémentales, avec des ajustements progressifs au fil du temps, mais à long terme, ces ajustements peuvent atteindre leurs limites et ne plus suffire à garantir des conditions satisfaisantes.  

D’autres stratégies peuvent être transformationnelles, en repensant dès le départ plus profondément l’usage du bâtiment et de son fonctionnement car on aura envisagé et inclus dès le début les prévisions de l’horizon lointain. 

Enfin, il existe aussi des stratégies réactives, qui partent du principe que certaines crises sont inévitables. L’objectif est alors d’anticiper leur gestion, en mettant en amont des dispositifs d’organisation et de gestion de crise. 

 

Enfin, la démarche doit rester évolutive et résiliente : intégrer les incertitudes climatiques, éviter les situations de maladaptation et se préparer également à gérer les crises. Les retours d’expérience d’événements passés (canicules, inondations, sécheresses) sont d’ailleurs précieux pour ajuster la stratégie dans le temps.  



Sécuriser les décisions


>> Quels sont les principaux points de vigilance à avoir lorsqu’on engage une démarche d’adaptation ? 


Le principal point de vigilance est d’éviter les situations de maladaptation, c’est à dire les solutions qui réduisent un risque à court terme mais en créent ou en aggravent d’autres.  

 

Cela peut prendre plusieurs formes :  

  • report de vulnérabilité temporelle : une solution protège aujourd’hui, mais augmente les conséquences de risque à long terme 

  • report de vulnérabilité spatiale : une action réduit la vulnérabilité d’un bâtiment tout en aggravant les conditions pour l’environnement ou les territoires voisins 

  • Report de vulnérabilité sur d’autres systèmes ou écosystèmes : certaines solutions peuvent protéger un bâtiment mais créer des pressions sur d’autres ressources ou milieux 

  • Report du fait de la non prise en compte des incertitudes : concevoir une stratégie uniquement sur un scénario climatique précis peut conduire à des solutions inadaptées si les conditions réelles s’avèrent plus sévères. 

 

L’enjeu est de privilégier des stratégies robustes et évolutives, capables de fonctionner dans les situations courantes tout en anticipant la possibilité d’événements plus extrêmes. 



>> Comment convaincre un comité de direction que l’adaptation n’est pas seulement un coût mais un investissement stratégique ?


Pour convaincre un comité de direction, il est important de montrer que l’adaptation peut souvent être mutualisée avec d’autres démarches, notamment lors de travaux déjà prévus comme une rénovation énergétique. Intégrer l’adaptation à ces moments-là permet parfois d’ajuster les solutions sans augmenter significativement les coûts. 

 

Certaines actions représentent certes des investissements spécifiques, mais elles génèrent aussi des bénéfices complémentaires : amélioration du confort et du bien-être des occupants, solutions fondées sur la nature, ou encore prévention de plusieurs risques en même temps. 

 

Un argument clé reste le coût de l’inaction : attendre que les aléas se produisent entraîne généralement des impacts économiques bien plus importants que l’anticipation. L’adaptation doit donc être vue comme un investissement stratégique pour sécuriser le patrimoine et les activités dans la durée. 



Pour aller plus loin


Guide méthodologique pour l'adaptation des bâtiments existants au changement climatique


inaction sur le bâtiment pour les gestionnaires immobiliers
Télécharger le guide méthodologique

À propos du Cerema


Le Cerema accompagne l’Etat et les collectivités territoriales dans la transition écologique, l’adaptation au changement climatique et la cohésion des territoires. Il contribue à l’élaboration, au déploiement et à l’évaluation des politiques publiques d'aménagement et de transport. 


Le Cerema agit dans 6 domaines d’activités : expertise & ingénierie territoriale, bâtiment, mobilités, infrastructures de transport, environnement & risques ainsi que mer & littoral. 



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