Décret BACS : le report ne résout rien, les freins sont pédagogiques, pas calendaires
- eGreen

- 16 déc. 2025
- 5 min de lecture
Interview du GIMELEC

Nous avons récemment échangé avec Delphine EYRAUD-GALANT, déléguée bâtiments chez GIMELEC. Elle est notamment revenue sur l’Observatoire National des BACS en France et sur le report des obligations du décret BACS.
Voici un résumé de nos échanges :
Propos recueillis par Marion DUBOIS
>> Le report des obligations du décret BACS, qu’est-ce que cela change concrètement pour les acteurs du tertiaire ?
Ce report envoie un signal faible. Il ne faudrait pas que ça fragilise une dynamique qui a déjà eu des difficultés à se mettre en place. C’est sans doute une décision pragmatique, visant à s’aligner sur le calendrier européen. Certains pourraient cependant y voir un ralentissement de la volonté de l’État d’avancer sur le pilotage énergétique des bâtiments.
Mais soyons clairs : 2027 ou 2030 n’est pas le sujet. Le report ne règle en rien les difficultés actuelles et ne facilitera pas la mise en conformité. Pourquoi ? Parce que les freins ne sont ni réglementaires ni calendaires, ils sont :
Pédagogiques,
Organisationnels,
Opérationnels,
Et liés au manque de compréhension de la valeur ajouté du BACS.
Beaucoup de gestionnaires ne se doutent pas que le BACS, au-delà du confort pour les occupants, apporte aussi un bénéfice économique dans la durée.
>> Pourquoi l’installation des BACS est-elle considérée comme stratégique pour la France ?
L’objectif national est de décarboner et pour cela d’électrifier les différents secteurs : industrie, transport, bâtiment… et le bâtiment joue un rôle important dans cette trajectoire nationale car il représente 45 % de la consommation d’énergie.
Le pilotage des bâtiments est contributeur pour atteindre les objectifs car il va faciliter la transition énergétique à différents niveaux, grâce au pilotage maitrisé de ses usages énergétiques. C’est bien le rôle des systèmes BACS.
Aujourd’hui il est crucial pour un gestionnaire de bâtiment de savoir consommer de manière efficace. Les systèmes BACS sont leur outil central pour cela. Ils permettent d’assurer le confort et le service aux occupants, tout en évitant le gaspillage énergétique, tout en consommant au bon moment selon les incitations tarifaires. Ils permettent ainsi de rentabiliser les nouveaux usages électriques (ENR, PAC, bornes de recharges...).
Les BACS sont un vrai contributeur à la transition énergétique d’un point de vue national, si le bâtiment ne se transforme pas, celle-ci va être amputée d’un énorme pilier.
>> Selon l’Observatoire des BACS 2025, seuls 16 % des bâtiments tertiaires sont équipés. Comment expliquez-vous cette progression extrêmement lente malgré la réglementation ?
Aujourd’hui, les gestionnaires de bâtiment ne savent pas par où commencer, ni comment lancer leur démarche. Ils ont besoin d’être guidés et accompagnés dans leurs projets.
Historiquement, les systèmes BACS ont surtout été déployés dans les grands bâtiments avant même qu’il y ait de réglementation car il est obligatoire d’automatiser la gestion de l'énergie dans ce type de bâtiments.
Mais près de la moitié des bâtiments déjà équipés n’exploitent finalement pas les systèmes par défaut d’organisation. Dans bien des cas l’exploitant du bâtiment n’est ni mandaté ni rémunéré pour assurer cette mission de suivi de la performance dans la durée.
La bonne nouvelle est qu’aujourd’hui, les solutions techniques se sont beaucoup simplifiées pour faire en sorte qu’elles puissent s’adresser à des plus petits bâtiments. Par ailleurs l’interopérabilité est aujourd’hui dans toutes les offres car réglementaire.
Les freins persistants sont essentiellement pédagogiques, opérationnels, organisationnels.
C’est pourquoi la Filière s’est attelée à définir le cadre de référence des bonnes pratiques depuis l’expression du besoin, jusqu’à la mise en service, le commissionnement puis l’exploitation et la maintenance des BACS. Une formidable "boite à outils" aujourd’hui disponible pour faciliter le passage à l’action !
>> Vous dites que près de la moitié des systèmes BACS installés ne sont pas utilisés. Comment passer d’un BACS installé à un BACS réellement opérant ?
Le point clé est le commissionnement.
Sans un bon paramétrage initial et un recommissionnement régulier, les systèmes deviennent inopérants.
Les systèmes BACS doivent être suivis et reparamétrés selon la vie du bâtiment afin de permettre une bonne performance dans la durée.
Un référentiel sera disponible d’ici quelques semaines afin d’accompagner la mise en œuvre des projets BACS ou la réactivation des équipements dormants dans les bâtiments.
C’est un quick win important, le GIMELEC appelle les pouvoirs publics à valoriser ses actions avec un coup de pouce de type CEE, on pourrait ainsi rapidement réactiver la moitié des 16% des systèmes BACS installés. Il pourrait même intégrer l’intégration du Flex Ready® dans les systèmes afin de leur donner une capacité à réagir aux incitations tarifaires à consommer au bon moment !
A la clé, ce sont des économies d’énergie et de facture pour le gestionnaire !
>> Pourquoi observe-t-on de fortes disparités entre secteurs (commerce, enseignement, bureaux...) ?
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer :
Les usages et leur flexibilité : par exemple un bloc opératoire est sans doute moins flexible que
,des bureaux. Un commerce alimentaire a pour priorité sa chaine du froid, un gros potentiel de flexibilité qui nécessite néanmoins une parfaite maitrise pour valoriser ses décalages sans risque.
La taille du bâtiment : plus c’est grand, plus il existe des zones flexibles et potentiellement la possibilité de mettre en réduit certaines zones non occupées (hall, galeries, zones techniques, réfectoire, entrepôt...)
La présence ou non d’équipes techniques, de compétences : forte hétérogénéité dans les écoles, hôtels, petits commerces, tour de bureaux, gares...
L'exposition à d’autres réglementations : par exemple les grandes surfaces commerciales, déjà confrontées au photovoltaïque ou à la recharge électrique, sont davantage avancées et sensibilisés sur la nécessité d’une optimisation énergétique.
>> La notion de “Flex Ready” devient un sujet clé. Que recouvre-t-elle exactement ?
Au-delà du BACS réglementaire, le BACS peut intégrer une mention "Flex Ready" qui permet aux BACS de contribuer aux différents besoins de flexibilité.
Avec un BACS Flex Ready, le gestionnaire des bâtiments va pouvoir consommer au bon moment, à la fois de manière programmée mais aussi de manière dynamique selon les tarifs incitatifs dynamiques proposés par le fournisseur d’électricité ou les requêtes spécifiques de décalage envoyées par un agrégateur.
Le BACS Flex Ready est amené à se diffuser massivement.
L’idée est qu’il permette au bâtiment de consommer au bon moment en temps réel sans aucun impact sur son confort, grâce à des usages flexibles pilotés automatiquement. Ces derniers sont souvent les bornes de recharges, le chauffage, la ventilation, la climatisation ou encore l’eau chaude sanitaire.
>> Quelles actions le GIMELEC propose pour accélérer l’installation des BACS en France ?
Le cadre technique et pédagogique est déjà prêt (cahier des charges BACS, référentiel de commissionnement, guide de remise en service, contrat type pour l’exploitation, outils de formations pour tous les acteurs) pour communiquer massivement et aider les acteurs à passer à l’action.
Les pouvoirs publics ont toute la matière pour lancer un programme CEE et donner les moyens aux parties concernées de passer à l’action et d’assurer la mise en conformité dans les échéances imparties ! La filière sera là en soutien actif à ce programme bien sûr.
À propos du GIMELEC
Acteur de référence de la filière électronumérique française, le GIMELEC rassemble les entreprises qui conçoivent et déploient des solutions électriques et numériques au service de la performance et de la sûreté des systèmes. Il accompagne l’innovation et la transition des secteurs de l’énergie, des bâtiments, de l’industrie et des infrastructures numériques, en favorisant des usages plus efficaces et durables.
EGREEN vous accompagne de A à Z sur le volet énergétique.


